M'entendez-vous
EXPOSITION VIRTUELLE DU 13 JAN. AU 3 FÉV. 2021

EXPOSITION DU 13 JAN. AU 3 FÉV. 2021

ENTRÉE

1

Paul Heintz, Blagueurs Anonymes, 2014

2

Olivier Bémer, Alice & John, 2017

3

Zohreh Zavareh,
Une situation prometteuse, 2015

4

Adrianna Wallis, Les réponses, 2018

5

Camille Llobet, Majelich, 2018

« Tout simplement on dit tombola à la place de tambour. Tambour et tombola si on y regarde de plus près, moi je mettrais tombola à la place de tambour.
Au lieu de “ Allez tous on va à la tombola ”, on pourrait dire “ Oh ! Quel beau tambour mou ! ” . »

Dans ce texte, c’est « tout simplement » que le poète Tarkos décide d’employer un mot à la place d’un autre, d’interchanger deux signifiants qui renvoient à des réalités qui n’ont aucun rapport. Au long du poème, la répétition de « tambour » et de « tombola » conduit ces deux termes à se vider de leur sens, à devenir deux coquilles vides prêtes à accueillir n’importe quel signifié.

Le langage, en tant que système de signes organisé, permettant de communiquer au groupe qui le partage, est ici déstabilisé. Que se passe-t-il quand un grain de sable s’immisce dans la chaine bien huilée de l’acte de communication langagière tel que le définit Jakobson1, et selon lequel un·e destinateur·e envoie un message, lié à un contexte, à un·e destinataire ; message transmis dans un code commun par l’intermédiaire d’un contact ? Que se passe-t-il quand le code employé n’est plus partagé par la·le destinateur·e et la·le destinataire ? Quand les mots perdent leur signification ou sont en contradiction avec la situation montrée ou vécue ?

L’échec de la communication plane, le risque du malentendu apparaît.

1 – Roman Jakobson, Essais de linguistique générale I, Paris, Les Éditions de Minuit, 1963.

Et ce risque n’existe pas que dans le cas de la parole poétique, il nous guette à chaque interaction. Car si le langage apparaît comme un outil privilégié de la communication, si le partage d’une même langue représente un atout de taille pour la compréhension, celle-ci dépend aussi des structures de pensée dans lesquelles s’inscrivent celles·ceux qui manipulent ou reçoivent la parole. La communication et la compréhension entre êtres humains font face à de nombreux périls, et l’inintelligibilité est un écueil sur lequel elles se brisent souvent.

Loin d’envisager ce constat comme un échec, de nombreuses·x artistes contemporain·e·s font le pari du potentiel créateur des failles propres aux échanges langagiers. S’amusant des potentialités sans cesse renouvelées des outils de communication, c’est une parole débarrassée de son objectif d’efficacité que nous donnent à appréhender les artistes réuni·e·s dans l’exposition. Il ne s’agit plus alors de constater l’échec de l’échange langagier mais plutôt d’en faire l’expérience, et de voir ce que ce prétendu insuccès permet. Si au sens étymologique, la communication désigne des « manières d’être ensemble », c’est bien à cela que nous invitent les œuvres de l’exposition, qu’on s’entende ou non.

Commisariat : Clémence Canet

Avec les œuvres de : Olivier Bémer, Paul Heintz, Camille Llobet, Adrianna Wallis, Zohreh Zavareh

Initialement prévue à la Galerie Commune de Tourcoing, l’exposition se réinvente en ligne en raison de la crise sanitaire.